L’instant où j’ai coupé l’épaisse corde qui retenait Batym au poteau fut plus qu’un simple geste. Il a à peine bronché et n’a pas tenté de s’enfuir, comme si le bruit des ciseaux annonçait pour lui le début d’une nouvelle vie. Lorsque j’ai coupé le dernier fil qui le retenait, la corde est tombée au sol. Il ne s’est pas enfui, mais est resté près de moi, la tête baissée, comme en quête de liberté.

J’ai touché sa tête : son pelage était ébouriffé, collant et sentait le renfermé, comme si la pluie et l’obscurité l’avaient longtemps hanté. Il n’a pas bronché, mais a pris une profonde inspiration, tel un homme respirant l’air frais pour la première fois après une longue période d’enfermement.
Nous nous sommes dirigés vers la rue éclairée. Ses pas étaient lents et prudents, comme s’il réapprenait à marcher sans entraves. J’ai hélé un taxi. Le chauffeur a regardé l’animal avec un intérêt teinté de préjugés, mais, allumant le chauffage, il nous a conduits à la clinique vétérinaire.
La vétérinaire, une femme d’âge mûr, examina l’animal et constata : « Il est manifestement très amaigri. Son pelage est en très m.a ∪vais état et il présente une profonde en.t αille de corde au cou. Depuis combien de temps est-il ici ? »
J’ai répondu que je ne savais pas, mais que je l’avais trouvé ligoté. Ses assistants ont immédiatement commencé à le soigner. Il a fallu couper les poils emmêlés, car une peau rouge et enflammée se cachait en dessous. La majeure partie des poils a été enlevée, laissant une ci.c αtrice sur son cou, un rappel de son calvaire. J’ai compris que la corde avait laissé sa marque non seulement sur son corps, mais aussi sur son âme.
« Comment s’appelle-t-il ? » a demandé une des infirmières. Sans hésiter, j’ai répondu : « Chauve-souris ». Ce nom n’évoquait plus une pu.n ìtion ; il symbolisait le comportement qui lui avait permis de survivre à cette te.r ŕible épreuve et d’être enfin secouru.
Pendant les premiers jours, il s’approchait rarement de la nourriture.
Il avait peur des étrangers et se cachait dans un coin de sa cage.
Mais peu à peu, on a remarqué qu’il commençait à faire confiance : les premiers petits coups de museau, les premiers mouvements prudents de sa queue. Un jour, alors que je me penchais pour le caresser à travers les barreaux, il a touché ma main avec son front – ce premier instant de confiance. Plus tard, l’histoire de Bat a commencé à circuler sur les réseaux sociaux : les gens exprimaient leur indignation et leur désir d’aider. Les dons pour ses soins affluaient, et certains lui proposaient même de l’héberger. Un commentaire m’a particulièrement touchée : « Ce n’est plus un objet, il a une vie maintenant.»
Quelques semaines passèrent, et son pelage commença à repousser, doux et léger. La ci.c αtrice sur son cou était toujours là, mais son regard avait sensiblement changé : la peur avait fait place à une curiosité prudente.
Au moment de lui chercher un foyer permanent, plusieurs candidats se présentèrent : un jeune couple, une famille avec un adolescent et une femme seule. Cependant, la décision finale revenait à Bat lui-même.
Chaque jour, une dame âgée, Mme Galina, une ancienne institutrice, venait à la clinique. Elle s’asseyait près de sa cage et lui lisait à voix haute : d’abord des poèmes de Tuwim, puis des contes de Sienkiewicz. Bat écoutait attentivement, les yeux rivés sur son épaule.
Le jour où il a pu quitter le foyer, il a remué la queue pour la première fois de sa vie, comme s’il se souvenait que c’était possible. Mme Galina a dit doucement : « Mon mari est parti il y a longtemps. Je sais ce que c’est que d’attendre. » Depuis, Bat vit dans sa petite maison à la périphérie de la ville. Chaque jour, ils vont dans le jardin : il court dans l’herbe, le cou exposé au soleil. La corde ne le pèse plus jamais.
Parfois, je leur rends visite. Je le vois se reposer sur le perron, respirant calmement, et je comprends : tout a commencé par un simple geste, celui de m’arrêter là où les autres passaient.
Résultat : une âme, arrachée à l’oubli, a rejoint un monde empli de compassion, et non de ha.i חe. De petits gestes – un animal sauvé, une histoire racontée, une personne qui s’est arrêtée – changent des destins.
Désormais, une vie de plus est sauvée.
Conclusion : Le pouvoir de la compassion est simple et pourtant puissant : parfois, un seul geste suffit à redonner à quelqu’un la possibilité de respirer librement. Nous avons le pouvoir de remarquer et de sauver – et chaque vie sauvée compte.➕